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ALPHA BLONDY, Chanteur reggae (2004)

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" Je crois encore en l’Afrique "


Le reggaeman ivoirien qui vient de boucler une série de concerts au Brésil, après sa participation, aujourd’hui, au spectacle de Dakar en faveur de l’enregistrement des naissances des enfants africains, sera la semaine prochaine au festival de Cran Montana, près de Lausanne en Suisse. Véritable globe-trotter Alpha Blondy qui chante depuis plus de seize ans mettra d’ici l’été son seizième album sur le marché international. Dans cet entretien, le rasta parle de sa vision sur le continent africain. Un avis optimiste à la mesure de sa philosophie de vivre, même si souvent ses textes sont à la limite des pamphlets contre tout ce qui ne va pas sur le continent noir…

 PAR OMAR DIOUF 

Il a constamment le sourire aux lèvres, le chanteur de reggae. C’est contagieux même quand l’artiste serre les mains qui se tendent vers lui. Et même son téléphone portable qui manque de réseau ce matin ne le perturbe pas. Le soleil dakarois et la belle vue de l’océan que lui offre sa chambre d’hôtel en ajoute certainement à sa joie ce jeudi. Arrivé à Dakar la veille, le soir, le chanteur Alpha Blondy venu participer aux côtés d’autres artistes africains à la campagne régionale de sensibilisation pour l’enregistrement des naissances s’apprête à donner un peu de son temps pour le respect des droits des enfants. C’est en père de famille sensible donc qu’il se retrouve à Dakar où il a eu une fois par le passé à participer, aux côtés des Touré Kounda, à un concert de bienfaisance. " Il est important pour un enfant de ne pas être négligé aussi bien par les parents que par l’administration. C’est un préjudice pour un enfant que de ne pas être enregistré par l’Etat civil. " trouve Alpha Blondy. On ne sait jamais, si une fois adulte, un enfant peut voir son rêve d’aller à l’école ou de devenir un grand monsieur s’évanouir parce que ne disposant pas d’acte de naissance. Même les voitures sont immatriculées, pourquoi un être humain ne serait-il pas enregistré à sa naissance, se demande le chanteur ? C’est de respecter les droits d’un enfant que le déclarer à l’Etat civil. Ce n’est pas une faveur que l’on fait à l’enfant, c’est un de ses nombreux droits que le parent respecte, trouve Blondy. En matière de concert de solidarité et de bienfaisance en faveur du développement social, Alpha Blondy n’en est pas à sa première participation. Il dit donner souvent son temps chaque fois que la demande se présente. Il cite ses nombreuses visites aux orphelinats et aux enfants aveugles à Abidjan et au Mali. " Chaque fois que l’occasion se présente, j’apporte ma petite. " contribution explique le chanteur ivoirien. Ne jamais se lasser de dénoncer les injustices C’est avec joie donc, qu’Alpha Blondy chantera ce soir au stade Iba Mar Diop aux côtés d’autres artistes africains en faveur des enfants. Le chanteur se désole de na pas toujours avoir souvent l’occasion de se produire en concert sur le continent. Il regrette l’absence d’infrastructures dignes de ce nom. " C’est difficile de tenir un spectacle en Afrique. Les promoteurs perdent à chaque coup. Il y a souvent des problèmes comme la billetterie parallèle, les querelles de camps d’opinion politique, etc. " se désole Alpha Blondy. Sa tournée africaine de 2002-2003 a vraiment été pour lui " la croix et la bannière. " Tous ces désagréments, dit-il, font que les artistes vedettes africaines donnent peu de concerts sur le continent noir. Témoin averti de l’actualité africaine, Alpha Blondy chante et dénonce les tares des sociétés africaines. Une philosophie de reggaeman dirait-on. " Je ne me lasserai pas. Même si on est souvent marginalisé et mal compris par nos dirigeants africains… " répond le chanteur. Il donne l’exemple du Christ. Un martyr en quelque sorte de ses vérités. Loin de vouloir faire l’unanimité autour de lui, Alpha Blondy, dit qu’il faut l’éviter. Ce sont des propos qu’il a retenus de quelqu’un d’autre. Ainsi, il ne se décourage point. " L’Afrique a son rythme. Et, c’est dommage que souvent il n’y a pas assez d’intellectuels et que la masse, majoritaire ne comprenne pas toujours ce que nous dénonçons. Le fermier de Kaolack par exemple ne sentirait pas concerné par la corruption qui se passe à un niveau qui n’est pas le sien. Il nous faut encore du temps. " tempère le reggaeman. Blondy rappelle que la presse a ainsi un grand rôle à jouer pour dénoncer la corruption si elle est libre, bien sûr. Lui, il chante pour dénoncer et tant que l’injustice, l’arbitraire, des exclus de la société, le reggae existera. Selon le chanteur ivoirien, dorénavant tout est entrain de bouger en Afrique. Comme aussi en Côte d’Ivoire, son pays, où dit-il, un esprit d’apaisement est entrain de naître. " Il faut remercier tous ces pays, comme le Sénégal et le Mali, qui ont œuvré pour résoudre la crise en Côte d’Ivoire. " affirme Alpha Blondy. Il trouve que le venin s’est éteint après ce concept aberrant d’ " ivoirité " agité par des politiciens mal intentionnés. C’est ce concept qui a versé le pays dans le chaos survenu après le premier coup d’Etat à Abidjan. Le chanteur espère que les prochaines élections seront la phase terminale de la crise en Côte d’Ivoire. Le chanteur aimerait toujours répéter à ses compatriotes ; " Faites l’amour, pas la guerre ". Installer une véritable union africaine Tout en réaffirmant qu’il n’est pas politicien, ni intéressé par un poste politique, Alpha Blondy qui fait fi de menaces, dit qu’il écrit contre les politiques menées en Afrique. " Je n’ai jamais été candidat à quelque chose. Je n’attaque aussi aucun Chef d’Etat. Mais, je dénonce le mimétisme de nos dirigeants qui copient souvent ce qui se passe en Occident… " précise le reggaeman. Ainsi, il regrette que les Africains parlent d’Union africaine comme on a fait l’Union européenne ou les Nations-Unies. C’est dommage aussi, selon Alpha Blondy que l’Union africaine admette ou reconnaissent des chefs d’Etat putschistes. " Ce ne sont pas de vieux putschistes qui installeront la démocratie dans nos pays. Il faut éviter la guerre civile en les renvoyant. Il faut mettre de l’ordre dans tout cela. " s’indigne le chanteur qui ne comprendrait pas une démocratie dictée depuis l’Occident en faveur des pays africains. " Comment voulez-vous qu’ils nous respectent s’ils nous dictent leurs idées " se demande Blondy ? Ce mimétisme l’agace et il y va selon lui de la survie de la souveraineté des pays africains. Mais, optimiste quant à un éventuel changement progressif des systèmes politiques africains, Alpha Blondy, qui loue le sens de responsabilité de certains dirigeants africains rencontrés en tête-à-tête, espère que certains porteront le flambeau pour installer une véritable union africaine.

 Le reggae, messager des opprimés

Dieu est sa religion et le reggae son messager. Africain par les rites et les coutumes, Alpha Blondy répond qu’il ne prêche pour aucune religion mais croit en dieu. Révélé au grand public avec son titre " Brigadier Sabari ", Alpha Blondy répand sa philosophie dans tous les coins du monde depuis 1988. Quinze albums et des concerts partout là il faut, des textes pour dénoncer à son temps l’Apartheid en Afrique du Sud, puis des conflits comme celui israélo-palestinien, les crises et les dictatures en Afrique ou récemment la guerre civile en Côte d’Ivoire ou l’assassinat du journaliste Norbert Zongo, au Burkina Faso, etc. " Je ne me lasserai pas dénoncer ce qui ne va pas. " confie l’afro-optimiste qu’il est. Alpha Blondy vit toujours à Abidjan entouré, avec sa famille. Il vote et voyage avec un passeport ivoirien. Rien de ce qui est ivoirien ne lui est ainsi étranger. Il a ainsi dénoncé à son quand il fallait l’épouvantail de l’ " ivoirité " faisant fi des invectives de " ceux qui menaçait quiconque réfutait le concept l’ivoirité " L’artiste touche du doigt là où il faut et ses coups de gueule dans les textes de ses chansons ne laissent pas les médiats et les hommes politiques indifférents. En acceptant de chanter " Journaliste en danger " le reggaeman trouve que la presse est comme de la nivaquine pour le peuple. Mais, son rôle est très positif et la presse doit rester libre pour permettre aux uns et autres de se contrôler. " Tant qu’il y aura des parias et des injustices, le reggae survivra " affirme Alpha Blondy. Bien que d’autres genres comme le ragga, la Dance Hall naissent des flancs du reggae, Alpha Blondy croit ferme que le genre musical survivra.

O.DIOUF

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