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VIEUX MAC FAYE, GUITARISTE-COMPOSITEUR

 

« Je suis riche de ma musique et de ma passion »

 Vieux-Mac-Faye--jazz.jpg

Avec son groupe, le « Mac ténor band, il joue aux côtés de son frère, Adama Faye, d’Ibra à la batterie, Vieux Traoré à la basse, Jean Alain Edgar au saxo et Bassirou Ngom aux percussions. Ensemble, Vieux Mac Faye et ses musiciens font le bonheur de férus de variétés internationales, de jazz, et de blues dans les clubs de la place. Ils sont aussi sollicités à l’étranger. Des choses qui  finalement occupent la vie de Vieux Mac Faye, revenu récemment sur le marché musical avec une nouvelle cassette, presque quinze ans après « Jongama ».

 

Pourquoi êtes vous resté aussi longtemps avant de sortir un nouvel album ?

 

« J’ai signé sept fois (rires), sept fois j’ai fait des productions qui n’ont pas abouti. Le plus souvent les gens me disent ‘’tu es trop perfectionniste’’. Tous mes amis, notamment Khalil Guèye, m’ont dit « écoute, sors ce que tu as qu’importe, sors-nous ça ». Le clip qui passe à la télé, ‘’Né dans la rue’’, c’était l’avant dernière production, mais, Khalil m’avait dit, que tu le veuilles ou pas, moi je prends ça, je vais le sortir.

Je n’ai pas voulu, mais on a fait comme ça. Je me posais pas des questions au niveau technique, c’était surtout au niveau des enregistrements sonores. Je me disais, cet enregistrement ne me convient pas, je ne le sors pas. C’est un handicap peut-être d’être perfectionniste, mais c’est ma nature. Voilà pourquoi je m’étais dit tant que je n’aurais pas trouvé le bon son, je ne sortirais pas d’album.

 

Est-ce que vous l’avez trouvé pour la dernière cassette ?

 

« Vraiment pour la dernière cassette, je n’ai plus rien à ajouter. J’ai fait huit titres qui reflètent ma personnalité, parce qu’on y retrouve la salsa, le Djoloff blues, en priorité, le mbalax et l’acoustique,  avec la pureté de la musique. »

 

Pourquoi le titre ‘’Tout avec lui rien sans lui’’ ?

 

C’est par rapport à tout le parcours par lequel je suis passé. J’ai fait énormément de choses , par exemple je suis entré dans le studio de Youssou Ndour, j’ai fait sept titres, au dernier moment, ça ne sort pas. Avant j’avais déjà enregistré d’autres titres. J’avais déjà fait des productions, même au Japon, j’ai fait une production, en me disant qu’une fois de retour au Sénégal, il n’y aurait qu’à faire la duplication. Mais les bandes sont encore dans mon armoire.

Certains me disent que c’est parce que je suis trop exigeant, d’autres que l’on m’a jeté un sort. Par exemple la deuxième année après « Jongoma », j’ai sorti « Mademoiselle » en 1994. Mais c’est une œuvre mort-née. Deux mille cassettes seulement sont sorties et j’ai eu des divergences avec le producteur et on a arrêté le projet. C’est pourquoi j’ai baptisé la nouvelle cassette comme ça (‘’Tout avec lui, rien sans lui’’). ‘’Lui’’, c’est le bon Dieu. C’est une manière de louer le bon Dieu, je suis très croyant et cette fois-ci, tout s’est bien passé.

 

- Quelles sont les perspectives pour la promotion de l’album ?

 

« C’est le problème de l’artiste sénégalais. Il va en studio, il sort ce qu’il a dans la tête et on lui dit voilà, ta cassette est là, débrouille toi. Alors que le plus gros du travail, ce n’est pas ce qu’il vient d’effectuer, mais c’est ce qui reste à faire. S’il n’y as personne pour consommer ce que tu fais, tu deviens nul, tu es nul. C’est là où réside le gros du travail et c’est ça qui est malheureusement  négligé.

 

Que peut on  faire pour remédier à cela ?

 

« Il n’y a que les gens qui ont les reins solides qui continuent et le reste, il y a des artistes qui ont la chance de la découverte. C’est-à dire que le premier produit a tendance à bien marcher. Tous les premiers produits cartonnent un peu. Mais c’est le suivi qui est difficile, parce qu’une fois que la découverte est faite, les gens deviennent plus exigeants. Ça, c’est la nature de l’individu.

Pour un premier produit, il peut être indulgent, mais pour un deuxième, ce n’est pas évident. Alors si on laisse l’artiste comme ça, dans la jungle, parce que c’est une véritable jungle, il faudrait qu’il s’arrange pour faire une conférence de presse, amener son produit à la télé, à la radio, etc.

 

Pourquoi vous êtes vous lancé dans le jazz ?

 

« J’ai toujours voulu avoir cette démarcation vis-à-vis des autres. C’est parce que j’ai une culture jazz. J’ai voulu dès mon plus jeune age, faire une musique différente de ce qu’on a l’habitude d’entendre. J’ai voulu aller vers l’autre. La musique, c’est toujours un voyage. On ne le savoure à sa juste valeur que lorsqu’on est plusieurs ou au moins, à deux. Avec sa femme, avec des amis, en tout cas pour que ça soit bien mis en valeur, il faut que ça soit partagé.

Mon souci premier c’est aller vers l’autre.

Le mbalax, je suis né dedans et je me suis dit inutile d’y ancrer toutes mes racines et d’y perdre toutes mes forces. Je me suis dit je vais vers l’autre, vers le jazz. Parce que le jazz on peut pas l’aimer, comme ça, du tac au tac, d’un premier abord. Il faut apprendre à l’aimer et j’ai appris à aimer le jazz en écoutant des morceaux qui n’étaient pas tout à fait jazz, mais qui étaient un peu jazzy. Finalement crescendo, j’ai fini par adopter la musique  


Que faut-il faire pour favoriser le jazz au Sénégal ?

«  Je suis le premier jazzman sénégalais ; d’abord jazzman avant de devenir bluesman. Malheureusement, il n’y avait pas un grand répondant. Parce que les gens écoutaient plus pour snober en réalité, qu’ils n’étaient des mélomanes du jazz. Ce qui fait que je me produisais dans les clubs de jazz. Pendant longtemps, je faisais du jazz pur, chaque fois qu’il y avait des groupes américains, soviétiques, allemands qui venaient au Sénégal par le biais de leurs ambassades ou de leurs centres culturels, on faisait toujours appel à moi, pour en quelque sorte représenter le Sénégal.

J’ai eu à faire plusieurs workshops et des connections avec des musiciens étrangers. En tout cas, ça a été une bonne école pour moi, une bonne forme de compétition dans le cadre de mon épanouissement surtout pour le jazz et la musique de façon générale.

 

Face à ce manque d’infrastructures ou d’engouement pour le jazz, n’avez-vous jamais pensé à laisser tomber, faire autre chose, du mbalax par exemple ?

 

« Disons que par moments, l’individu a des faiblesses. Quand par exemple on voit qu’on est presque en train de prêcher seul dans le désert, souvent on a tendance à baisser les bras. Mais heureusement Dieu fait bien les choses et j’ai été fort. En fait, c’est ça ma véritable richesse : je ne suis riche d’argent, ni riche de quoi que ce soit, mais je suis riche de ma musique et de ma passion. Ma passion pour le jazz qui est beaucoup plus fort et d’ailleurs toujours plus fort.

J’ai eu la possibilité de faire des choses autres que la musique. J’ai laissé échappé beaucoup d’occasions dans le cadre de ce que je n’aimais pas faire. Dans le cadre de ce que je veux faire, je veux être, si je ne suis pas le premier, au moins, que je sois un « Vieux Mac Faye », dans ce que je fais. Ne pas être un « deuxième Youssou Ndour » ou bien un « deuxième Thione Seck » ; etc. 

Je veux être le premier Vieux Mac Faye dans ce que je fais. Alors c’est pour cela que je me suis accroché dans ce style et je suis toujours en train de le peaufiner. Je crois que, j’espère que je ne suis pas encore parvenu au bout, mais je suis là dedans.

 

Jusque-là, est ce qu’on peut dire que vous avez accompli un travail musical ?

 

«  Oui de longue haleine. Un travail journalier, vous le savez, j’occupe des fonctions autres que la musique, (Greffier-ndlr), mais c’est dire que le temps que j’investis dans la musique est beaucoup plus important que le temps investi par les musiciens qui se réclament du métier.

Parce que tous les jours, je peux pas vous dire le nombre d’heures, je consacre plusieurs heures à la musique. Et j’ai l’avantage d’évoluer tous les soirs et de jouer.

C’est un avantage que les autres musiciens n’ont pas. Quand on joue, pendant des années et des années, qu’on le veuille ou non, on finit quand même par se faire. Si on a des ambitions, un style, se donner une trajectoire et œuvrer dans ce sens. Quand on le fait, je crois qu’il n’ y a pas de problèmes. Il faut y croire.

 

Vous pensez qu’il y a des gens qui apprécient votre travail, qui ont l’oreille musicale par rapport à ce que vous faites ?

 

« Tout à fait. Heureusement, sinon, je pense que ça fait aussi partie des choses qui me poussent, à continuer dans ce sens là.  Même le cadre dans lequel nous sommes actuellement (le club Just 4 U-ndlr), des gens férus de jazz me retrouvent ici. Et jusque là al Hamdoulilah, je rends grâce à Dieu, y a un bon répondant.

Parce que avant c’est vrai que ce n’était pas évident, mais il a fallu quand même beaucoup de temps pour que finalement je commence à m’imposer. Et je peux dire que le Just 4 U a beaucoup contribué à matérialiser mon désir, ma volonté sur le plan infrastructures. Parce que chaque fois je disais, il y avait le ‘’Club Samba’’, le ‘’Tamango’’, mais ces cadres là, c’est vrai qu’ils ont fait leur temps, mais les choses sont arrivées à maturité avec le Just 4 U. Avant j’évoluais dans des cadres très restreints, il n’ y avait ‘’que des toubabs’’ en général, plus de Toubabs que des Sénégalais. A ce moment au Just 4 U’’, le public à commencer à être métissé.


Comment vous faites pour améliorer le côté perspectives ?

 «  Nous nous avons des contrats à l’extérieur, nous bougeons beaucoup. Nous sommes sollicités au Japon, en Italie, on a des contrats qu’on va honorer. On part, on revient. En attendant que les gens nous comprennent. En réalité, on a pas encore fini, on est pas arrivé au bout. Au moins c’est déjà ça que d’avoir des ambitions et nous nous sommes encore plein d’ambitions.Le Djoloff blues que nous faisons n’est pas un style uniquement sénégalais, c’est un style universel comme tous les autres. C'est-à-dire que les Américains s’y retrouvent, les Français s’y retrouvent, tout le s’y retrouve. C’est une musique  sénégalaise, mais avec des connotations, des couleurs qui permettent l’ouverture, que l’autre puisse venir comprendre ce que nous faisons. Je crois que ce qui est primordial, encore une fois c’est d’aller vers l’autre. Encore on revient au principe du rendez-vous de l’universel, comme le président poète le disait. Nous sommes au rendez vous du donner et du recevoir. Et ceux qui n’entrent pas dans cette sphère là sont perdus. »


 REALISE PAR OMAR DIOUF ET K.DIAGNE (octobre 2005)

 

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